A propos de l’article dans « Le monde » sur la méditation de pleine conscience

En lien avec l’article dans le journal Le Monde du mercredi 10 janvier 2018 sur la méditation de pleine conscience, pour lequel Cyril Castaing a été consulté (et dans le quel son livre « Simplement Oui » est notamment cité),  voici quelques questions/réponses  (qui reviennent assez fréquemment) sur ce sujet de la méditation de pleine conscience et ses effets thérapeutiques.

Ces questions et réponses ont été retranscrites (et parfois quelque peu modifiées) à partir de sources différentes. Il s’agit d’un regroupement d’échanges dans des contextes variés : des ateliers de méditation, des conversations, des échanges écrits etc…

 

-Quelle est l’origine de la méditation de pleine conscience qui est tant à la mode aujourd’hui?

-Mais est-ce que la méditation de pleine conscience, telle qu’elle est enseignée aujourd’hui, est une pratique de méditation véritable ou une technique de santé?

-Est-ce que cette pratique de méditation ne serait alors pas adaptée au contexte thérapeutique?

-Justement, de nombreuses pratiques aujourd’hui utilisent des techniques de méditation, issues de traditions spirituelles et religieuses, dans un cadre totalement laïques. N’est-ce pas là un détournement de leur objectif principal ?

-Certaines études pointent les effets secondaires, peu agréables, que peuvent engendrer la méditation. Est-ce vraiment le cas ?

-La remise en cause de la personnalité avec des personnes fragiles est-elle recommandée ?

– Il est donc important d’avoir un maitre ou un enseignant pour méditer ?

– Pourquoi cette recherche de bonheur peut-elle amener de la souffrance ?

-La « pleine conscience » que je pratique m’apporte beaucoup de paix intérieure, mais parfois j’ai l’impression que cela m’enlève toute spontanéité au quotidien.

-Mais il y a t-il un effort à faire pour « être conscient » ? J’ai l’impression que cet effort créé une tension qui est à l’opposé de cette recherche d’ouverture.

– Du coup, je ne comprends pas très bien alors ce qu’être « pleinement conscient » signifie. On me dit « d’être conscient de ce qui est » pour me libérer et en même temps, d’être totalement « un avec » pour qu’il n’y ait plus de séparation entre moi et les objets perçus. Mais si en pratiquant je créé un décalage, une dualité sujet-objet, pourquoi pratiquer pour revenir à une unité qui était déjà là quand je ne pratiquais rien ?

Quelle est l’origine de la méditation de pleine conscience qui est tant à la mode aujourd’hui?

La « Pleine Conscience », « Mindfulness », comme il est dit en anglais, est un terme bouddhiste. Il a été notamment tres utilisé par le moine zen vietnamien Thich Nhat Hanh à partir des années 60. J’ai fait plusieurs séjours dans son monastère dans le sud-ouest de la France, au début des années 2000, et il n’enseignait que « la pleine conscience ». C’est-à-dire la pleine conscience de l’instant présent. Rien d’original donc, c’est le cœur du zen ! Mais Thich Nhat Hanh a une façon très personnelle de l’enseigner, très accessible et qui a beaucoup de succès auprès des occidentaux.

Thich Nhat Hanh a une renommée mondiale – il a été présenté par Martin Luther King pour recevoir le prix Nobel de la paix et il a rédigé un nombre incalculable de livres – mais il est curieusement surtout connu aux États-Unis (alors qu’il a surtout vécu en France).

Jon Kabat-Zinn est le médecin américain par qui cette technique de méditation est ensuite devenue connue dans un but thérapeutique et de gestion du stress. Il a été un élève de  Thich Nhat Hanh, qu’il remercie d’ailleurs dans ses premiers livres. Il a développé ensuite ses propres formes, mais elles sont toutes issues du même moule.

Mais est-ce que la méditation de pleine conscience, telle qu’elle est enseignée aujourd’hui, est une pratique de méditation véritable ou une technique de santé?

Effectivement, c’est la bonne question. Tout dépend qui, comment et pourquoi on l’enseigne. La pratique s’est beaucoup développée dans le milieu médical et Jon Kabat-Zinn en a fait une technique de santé en quelque sorte, puis il a réussi à la répandre par son influence. Mais au départ, la méditation de pleine conscience est une technique enseignée dans tous les milieux bouddhistes et son rôle principal n’est pas de gérer le stress.

Je pense que le problème vient surtout du sens que l’on donne au mot méditation. Ce n’est pas parce qu’on utilise une technique de méditation que l’on médite, car la méditation n’est pas une technique, de mon point de vue.

A contrario, si on utilise une technique de méditation, il est utile de savoir pourquoi on le fait, dans quel cadre, et ce que cela signifie. C’est ici que pourrait résider les principales réserves sur la façon dont on l’utilise.

Est-ce que cette pratique de méditation ne serait alors pas adaptée au contexte thérapeutique?

Non pas du tout. Il serait absurde de critiquer le fait d’apprendre des techniques de méditations pour réduire le stress ou la douleur plutôt que de donner des médicaments… Il s’agit juste de savoir de quoi on parle et ne pas se tromper sur le sens de la technique. Dans la plupart des cas, c’est très bien et très utile, mais il faut aussi poser les limites.

Il faut éviter de tomber dans la critique systématique d’une approche ou d’une technique, parce qu’elle ne correspond pas exactement à notre façon de faire ou notre point de vue. Spécialement en France, nous faisons souvent preuve d’une critique facile, un peu ironique, voir même cynique.Critiquer les autres est même l’une des principales activités de beaucoup d’entre nous dans le quotidien. Et les milieux dits spirituels ne font pas exception, c’est même parfois pire.

Ceci étant dit, il faut garder un œil critique, dans le sens de se poser la question de la pertinence pour une meilleure compréhension, ce qui n’est pas pareil.

Pour revenir à la Pleine Conscience, il faut d’abord comprendre ce que c’est véritablement, alors nous comprendrons aussi ses limites et ses effets. Ce qui est critiquable, c’est parfois la façon dont certains s’emparent d’une technique pour autre chose que ce pourquoi elle a été inventée et ensuite embellissent certains effets en fonction de leur propre objectif, tout en masquant ou en omettant d’autres.

Mais santé et spiritualité ont toujours eu un lien. Il est évident qu’en revenant à une plus grande profondeur d’être, de nombreux fonctionnements physico-psychiques s’harmoniseront. Le bouddha était d’ailleurs surnommé le « grand médecin ». Car il combat la souffrance à sa racine : l’ignorance en qui nous sommes. C’est ici qu’il nous faut aussi faire la juste distinction entre souffrance et douleur.  Donc, lorsque l’on utilise la méditation, ou des techniques de méditation,  on doit être prêt à ce questionnement existentiel qui peut aussi bouleverser pas mal de choses.

-Justement, de nombreuses pratiques aujourd’hui utilisent des techniques de méditation, issues de traditions spirituelles et religieuses, dans un cadre totalement laïques. N’est-ce pas là un détournement de leur objectif principal ? Si c’est utile pour leur objectif, tant mieux, au contraire. Il faut juste qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur ce que l’on pratique et pourquoi.

Je pense par ailleurs qu’il est utile pour notre société de s’ouvrir à ces pratiques et même de les épurer de leur contexte religieux, et donc culturel (mais pas spirituel car cela n’aurait plus de sens !).

Si on a une approche thérapeutique, on peut en rester là, mais il faut en reconnaitre les risques et les limites comme dit précédemment. S’il y a une recherche spirituelle, alors nous ne pouvons faire des raccourcis. Avant d’épurer, il faut comprendre l’essence de ce que l’on utilise. Si on ne comprend pas que la méditation est un retour à la conscience – auquel nous pouvons donner le nom que l’on veut suivant nos conditionnements religieux ou non – alors on enlève tout sens à la méditation.

Si on comprend que la méditation révèle ce que nous sommes tous, toujours et tout le temps, alors c’est une pratique universelle qui peut juste prendre quelques « couleurs » différentes suivant les contextes, sans perdre son essence.

Certaines études pointent les effets secondaires, peu agréables, que peuvent engendrer la méditation. Est-ce vraiment le cas ?

A partir de la compréhension que la méditation nous repositionne comme « conscience », on comprend mieux les effets possibles.

Cette ouverture (car la conscience est l’ouverture au présent)  permet à « ce qui est » de s’exprimer – et donc parfois tout ce qui était bloqué par des refus physico-psychiques. On pourrait dire que l’inconscient devient conscient en quelque sorte, lui permettant de s’exprimer pour partir (parfois, mais pas toujours suivant les conditionnements). Les énergies bloquées se libèrent et essayent de revenir à un certain équilibre car la nature cherche l’équilibre (toutefois cet équilibre dépasse la petite entité que nous nous croyons être…)

Donc en fonction des histoires de chacun, les effets de la méditation seront très différents, car l’histoire de chacun est différente. Mais le processus général est le même et l’expression des tensions latentes physiques ou mentales sous formes d’émotions est inévitable. Et il ne faut pas confondre les émotions avec la souffrance…

« Si vous n’avez pas profondément pleuré, vous n’avez pas commencé à méditer » disait le maître thaïlandais Ajahn Chah…Et ceux qui ont vraiment pleuré comprennent que les pleurs libèrent et ne sont pas la souffrance. C’est leur refus qui fait souffrir !

Mais le point essentiel ici, c’est que c’est le retour à la conscience qui est la liberté. Il n’y a jamais de liberté et de paix totales, telles que nous les voudrions, dans le corps et le mental. Seule la conscience est libre.

Cette compréhension est profondément spirituelle et si on l’omet, on sera déçu un jour ou l’autre par la méditation… Cela permet aussi de comprendre les «effets secondaires » de la méditation comme la perte d’identité, les problèmes d’espace-temps ou de perception. En fait ces «effets » sont des expériences d’une réalité bien plus « réelle », mais qui sans compréhension au préalable peut être très déstabilisante…

Il faut aussi faire la distinction entre une pratique ponctuelle qui reste un simple exercice d’attention et d’observation pour un effet spécifique et une profonde pratique de remise en cause de ses croyances pour une réalisation de l’être. Les deux ne sont pas séparés et il y a des passages, mais l’attitude intérieure du pratiquant n’est pas la même. Dans un cas, on cherche à ce que notre personne soit « mieux », dans l’autre on remet en cause l’idée même de la personne.

Mais plus profondément, pratiquer la méditation avec un but (autre que la présence à ce qui est) est une contradiction même avec le fait de méditer. Dans ce cas, peut-on appeler ces exercices de « méditation » ? Je pense qu’il serait plus juste de les appeler « exercices d’attention ou de préparation à la méditation »

La remise en cause de la personnalité avec des personnes fragiles est-elle recommandée ?

En général, la pratique de méditation authentique nécessite une certaine stabilité du « moi ». Si on remet en cause ce « moi » chez quelqu’un qui est déjà perturbé psychiquement, cela peut effectivement entrainer de plus gros désordres (mais parfois ça peut aussi créer un autre ordre…).

Les sages qui se sont « éveillés », et notamment dans la tradition indienne, de manière spontanée et directe, ont du passer par des phases de réajustement du corps/mental assez difficiles. Aux yeux de beaucoup, ils auraient pu terminer dans un hôpital psychiatrique si un médecin les avait vus à ce moment là…

Les notion de bien/mal, normal/anormal, physiologique/pathologique peuvent donc être tres différentes entre un médecin et un maitre spirituel. Il est ainsi important de noter que le rôle du maitre ou de l’enseignant est essentiel dans la méditation. Il est là justement pour faire face aux difficultés inévitables du pratiquant à un moment donné (s’il n’y a pas de difficultés, il peut rarement y avoir de transformation). S’il n’est pas obligatoirement lui-même éveillé, il a besoin d’une certaine expérience personnelle et compréhension intérieure. Mais du fait de sa large diffusion, inévitablement, il y a aussi une perte de qualité dans l’enseignement de la méditation.

Il est donc important d’avoir un maitre ou un enseignant pour méditer ?

A un certain niveau, oui c’est très utile, pour éviter les nombreux pièges de la méditation et qu’elle ne dérive dans une illusion mentale. Pour autant, ce n’est pas non plus une obligation pour tout le monde, suivant son usage.

Comme nous l’avons déjà évoqué, rencontrer un vrai maitre peut changer une vie, sans aucun doute.  Mais la relation maitre/disciple n’est plus très adaptée à notre société.

Mon séjour au Japon, à côtoyer et suivre l’enseignement de « Senseï » de Shiatsu, de Zen ou d’Aïkido m’a beaucoup fait réfléchir sur cette notion de maitre. C’est un sujet délicat, je ne voudrais pas qu’il soit mal interprété et je ne vais pas trop le développer ici, mais je pense que si le fait de ne pas vouloir de maitre est la manifestation d’un ego trop orgueilleux, le fait d’en vouloir un ou d’en « avoir trouvé  un » l’est parfois encore plus…

Qu’ils s’enorgueillissent de suivre un « maitre » ou qu’ils restent discrets – tout en laissant planer un mystère sur l’enseignement « exceptionnel » qu’ils reçoivent  -, certains pensent que cette relation leur donne de l’importance et une sorte de supériorité morale…

Ces comportements sont enfantins, ils permettent juste à l’égo de se positionner une fois de plus comme celui qui apprend directement de « celui qui sait » (c’est le sens du mot Senseï). De ce fait, ils sont souvent fermés à beaucoup d’autres approches en « pensant savoir ».

Il faut s’affranchir de ce type de réactions. Si vous rencontrez un maitre, tant mieux, mais cela doit être naturel et sans « exotisme ». Il y a beaucoup de fantasmes sur ces relations et les dérives sont plus nombreuses que l’on ne croit. Récemment, un maitre tibétain renommé, et qui habite en France, a même été accusé d’abus physiques, psychologiques et sexuels ! Même si ces dérives extrêmes sont rares, l’attitude « face au maitre » et à ce qu’il semble incarner ne doit pas supprimer notre discernement, (ce qui serait un paradoxe puisque le maitre est censé l’aiguiser!). Le vrai maître est celui qui rend le disciple totalement autonome.

Suivre quelqu’un ne se fait pas à la légère, le risque est souvent un enfermement, et si le maitre n’est pas vraiment un maitre, cela peut virer à la catastrophe…

Pourquoi cette recherche de bonheur peut-elle amener de la souffrance ?

Tout d’abord, remarquons bien que la recherche du bonheur est la preuve même de la souffrance ! Si nous ne souffrions pas, plus ou moins intensément,  nous ne chercherions pas le bonheur. Mais ils ne sont pas au même niveau. Car si la souffrance a toujours des causes, le bonheur n’en a pas. Nous espérons toujours un bonheur avec « plein de bonnes choses dans notre vie », mais le bonheur, en tant que paix qui dure, n’est pas un plein de quelque chose, c’est simplement l’absence de la souffrance que l’on rajoute par-dessus, alors il rayonne naturellement, même si certains besoins élémentaires semblent être nécessaires à tout être humain.

Les spiritualités orientales suggèrent justement que le bonheur que nous recherchons tous est disponible, à chaque instant, en nous, tel que nous sommes. La méditation en est l’expérience vivante et son succès tient à ce que cela ne nécessite aucune croyance. Rien à croire, juste à expérimenter par soi-même.

Mais si le bonheur existe bien tel que nous sommes, ici et maintenant, il se vit lorsque justement nous nous oublions dans l’expérience et c’est tout le but de la méditation, « s’oublier pour se retrouver » comme on dit dans le zen. Car ce que nous sommes n’est pas ce que nous croyons être.

Et la personne que nous croyons être ne peut elle, par contre, jamais être totalement heureuse, car cette croyance – plutôt ce sentiment d’entité autonome et séparée – est l’activité même qui voile ce bonheur.

La méditation permet de vivre notre profonde réalité et la paix qui lui est inhérente, mais en même temps, elle remet en cause cette croyance fondamentale sur qui nous sommes. D’où les expériences parfois douloureuses lorsque ces illusions tombent. Ces conséquences sont des ajustements du corps/mental face à cette nouvelle compréhension (ou des refus de ces réajustements lorsque que nous les refusons, ce qui crée plus de problèmes.)…

Si la méditation nous ouvre donc à ce que nous sommes, dans cette ouverture, ce que nous ne sommes pas peut alors s’en aller. Et Toutes nos souffrances ainsi accumulées, sous forme de refus et de contractions,  reviennent à la surface pour partir et peuvent aussi parfois provoquer quelques expressions douloureuses…

La « pleine conscience » que je pratique m’apporte beaucoup de paix intérieure, mais parfois j’ai l’impression que cela m’enlève toute spontanéité au quotidien.

Au début, la position de témoin peut créer un certain décalage effectivement. Nos habitudes ne s’enchainent plus aussi mécaniquement. On a l’impression alors de ne plus être naturel, mais il ne faut pas confondre le naturel avec l’habituel.

Le naturel est en deçà de l’habituel, il est étouffé par lui. L’habituel est conditionné par nos tensions, la société, l’éducation, la famille… La spontanéité nait lorsque nous sommes réellement affranchis du passé psychologique.

Donc, dans un sens, s’il y a au début une impression de délai et de manque de spontanéité lorsque l’on devient réellement attentif, il doit rapidement s’effacer pour laisser place à un sentiment d’ouverture et de détente qui englobe chaque perception – extérieure ou intérieure.

Sinon, effectivement, il y a un grand risque de devenir mécanique dans une pratique que l’on s’impose si nous ne comprenons pas bien de quoi il s’agit. Et en fait, il faut avouer que c’est très souvent le cas ! Spécialement dans les pratiques où l’on demande d’être pleinement conscient. On croit, par erreur, qu’il faut être conscient de tout.  L’attention dont on parle ici n’a rien à voir avec la lourdeur mentale que l’on ajoute souvent lorsque l’on veut pratiquer la pleine conscience.

C’est pour cette raison que le rôle de témoin est – à mon avis – tout à fait inapproprié dans l’action. Dans l’action c’est « être un avec », lorsque l’action n’est pas demandée alors nous sommes d’abord témoins. C’est un équilibre Yin/Yang, accueil/action, qui est aussi le reflet de la nature de la conscience dans le quotidien.

Mais il y a t-il un effort à faire pour « être conscient » ? J’ai l’impression que cet effort créé une tension qui est à l’opposé de cette recherche d’ouverture.

Oui, effectivement c’est très juste. La conscience de ce qui est n’est en fait jamais un effort. Elle est toujours là. La conscience est toujours consciente, et nous sommes cette conscience. Cela signifie qu’il ne faut pas vouloir être conscient dans un certain sens, nous le sommes déjà. Il faut laisser venir ce qui vient en étant ouvert.

En fait, c’est comme si nous étions avant – d’un point de vue temporel – et en-dessous – d’un point de vue spatial – de ce qui est perçu.

Mais – et nous en revenons toujours au même point du non-agir- ce que nous pensons être est une tension qui n’est pas perçue. Tant que nous pensons être cette entité autonome corps/mental, la lutte contre le présent est inévitable, car elle est l’essence même de ce sentiment. Comme le dit Swami Prajnanpad : « Vous devez faire un très gros effort, aussi grand que possible. Pour aller où ? Là où vous êtes. Tout est ici et maintenant. Mais vous ne le voyez pas. »

Mais il est important d’avoir eu accès à l’information que nous sommes déjà ce que nous cherchons, même si nous n’en sommes pas encore persuadés. L’approche est alors différente, car dans ce cas, nous partons de la tranquillité même.

En voulant être présent, on ne fait souvent que s’écarter du présent par la pensée. Comment peut-on aller vers le « ici et maintenant » ? Toute direction, toute intention nous en éloigne (ou plutôt semble nous en éloigner par cette pensée intentionnelle). Comment aller vers nous-mêmes ? Le « comment » est une contradiction même avec la présence.

C’est l’abandon de toute recherche qui nous le prouve. Mais cet abandon vient de la recherche elle-même, on n’y vient jamais directement – ou à de rares exceptions. C’est tout le chemin initiatique, il nous faut partir pour pouvoir voir que le trésor est finalement chez nous. Mais s’ouvrir au fait que le trésor est déjà-là peut grandement accélérer cette découverte…

Du coup, je ne comprends pas très bien alors ce qu’être « pleinement conscient » signifie. On me dit « d’être conscient de ce qui est » pour me libérer et en même temps, d’être totalement « un avec » pour qu’il n’y ait plus de séparation entre moi et les objets perçus. Mais si en pratiquant je créé un décalage, une dualité sujet-objet, pourquoi pratiquer pour revenir à une unité qui était déjà là quand je ne pratiquais rien ?

C’est une excellente question ! La réponse que vous trouverez, en cherchant par vous-même dans l’expérience, vous fera sans doute faire un bon en avant dans cette compréhension.

Voyez qu’habituellement, nous sommes perdus dans les objets que nous percevons. Notre « moi » est totalement impliqué, englué dans ce qu’il perçoit : sensations, pensées, émotions, perceptions extérieures. Ils les évaluent, les jugent sans même s’en rendre compte et surtout il s’identifie au corps et au mental.

Nous pouvons alors dire que le sujet – je – est perdu dans les objets.

La pratique de l’attention nous extirpe des objets. Ces objets ne sont pas uniquement les perceptions extérieures, mais aussi tout notre monde intérieur. Dans ce cas, le sujet devient simplement un témoin.

Petit à petit, les objets qui ne sont plus jugés par le sujet, deviennent libres d’être eux-mêmes en quelque sorte. Les objets deviennent libres à l’intérieur d’un sujet qui n’a aucune caractéristique, sinon celle d’être conscient et présent.

Pour résumé, au départ, nous sommes perdus dans les objets, à la fin les objets sont perdus en nous. La phase intermédiaire est une étape indispensable pour nous dégager et nous libérer des perceptions.

Mais en réalité, il n’y a jamais véritablement d’étapes. Nous sommes toujours un avec, à la fois non-séparés et libres des objets. Le problème, c’est que nous croyons l’inverse… Toutes les étapes sont au niveau mental. L’unité est là, que nous le sachions ou non.

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