La Pleine Conscience de l’instant

Extrait du livre « Simplement Oui »

Vivre l’instant présent est devenue une phrase à la mode, malgré cela, la plupart du temps, nous ne comprenons pas vraiment de quoi il s’agit. L’instant ne semble rien, pourtant, il est à la fois tout ce qu’il y a, ce que nous sommes profondément (notre vraie nature) et ce que nous semblons pourtant rechercher à chaque instant…

Nous cherchons tous la paix, la joie, le bonheur, la liberté, l’amour, mais nous semblons rater l’unique moment où nous pourrions les trouver: l’instant présent. Pourtant, nous expérimentons l’instant à chaque instant, mais nous le manquons quasiment à chaque instant…. Il nous faut être vraiment intéressé par l’expérience pour découvrir l’incroyable vérité qui réside au cœur de l’instant.

Entrons dans la pleine conscience de l’instant. Cet instant n’est pas une durée dans le temps, c’est l’instant « éternellement présent » et nous ne faisons jamais, n’avons jamais fait et ne ferons jamais l’expérience d’autre chose que de cet instant. Alors essayons de vraiment prendre conscience de ce qu’il est réellement. 

Entrons dans la danse et jouissons-en entièrement. Soyons pleinement conscient de l’instant. Mais ne cherchons pas à devenir trop conscient de quelque chose, il faut laisser venir, se détendre dans la simple présence que nous sommes car il n’y a « rien » d’extraordinaire à découvrir dans le sens habituel, il y a juste à vivre extraordinairement l’instant quel qu’il soit.

Que se passe-t-il ici et maintenant ?

A cet instant, nous percevons obligatoirement quelque chose, peu importe l’objet perçu : une sensation, une pensée ou une perception venant du « monde extérieur ». Une forme apparait donc à notre conscience. Par exemple, le bruit d’une voiture. Comment cela se déroule-t-il ?

Nous sommes conscients d’un bruit. A partir de cette perception, à l’aide de notre mémoire, nous élaborons un concept. Notre mémoire met l’image d’une voiture à ce bruit. Nous évaluons peut-être la distance qui nous sépare de cette voiture. Nous pouvons aussi enchainer des idées à propos de cette voiture, sa couleur, son conducteur etc. Et peut-être que des émotions, des sentiments, des vieilles mémoires vont faire leur apparition dans notre esprit. Ce cinéma interne peut durer un bon moment et se mélanger aux faits extérieurs sans même que nous le distinguions.

Prendre conscience de l’instant, c’est prendre conscience de tout cet enchainement. Cette succession d’étapes montre que nous avons interprété le bruit du départ et que nous n’avons ensuite été pratiquement que dans notre « mental ».

Les dernières interprétations, qui sont liées à nos émotions particulières et qui viennent déformer la réalité relative du présent, sont des obstacles à la compréhension. Ce sont elles qui créent souvent des interférences et nous coupent du présent. Si elles sont cataloguées comme désagréables, elles vont de plus nous refermer au ressenti. Sans souvent nous en apercevoir, la surimposition de notre passé personnel sur nos perceptions est quasi-permanente, elle est parfois très subtile, mais nous sommes dans une constante attraction/répulsion de nos perceptions en fonction de nos préférences et aversions. Il nous faut bien voir ce point pour éviter d’imposer « notre monde » sur le monde.

Par contre, les premières interprétations – qui permettent de nommer, conceptualiser, évaluer – sont utiles et même indispensables pour vivre notre quotidien. Elles ont permis, dans cet exemple, de faire exister le son en tant qu’objet, puis de comprendre l’existence d’une voiture à proximité. Elles permettent donc de coller à la vérité relative de notre vie.

Pourtant, cette réalité n’en reste pas moins relative, c’est un « concept ». L’erreur est de ne pas la voir comme telle, mais de la prendre pour la « vérité ».

Revenons à l’expérience de l’instant et laissons tomber les interprétations, ne les poursuivons pas.

Si nous revenons donc au son, que reste-t-il alors?

Il n’y a qu’un son qui est perçu. Seulement le son. L’image, les mots, les interprétations sont rajoutés.

Il y a t-il une distance entre nous et ce son ?

Il se déroule en nous, comme toute expérience de l’instant. Ce n’est que s’il y a apparition de la pensée « moi », identifiée au corps et au mental, que nous créons l’intérieur et l’extérieur, l’espace et donc la distance.

Il y a t-il une notion de temps dans cette écoute ?

Si la mémoire n’intervient pas – c’est à dire une pensée créant l’avant et l’après – il y a juste l’eternel présent .

Il y a t-il, dans cette expérience, un son émis par un objet et une oreille qui écoute ?

Si nous ne faisons pas référence à l’idée du « moi », en tant qu’entité individuelle et séparée, il n’y a pas d’oreille ou de son, il n’y a que le fait d’entendre.

Et quelle est la particularité de cet « entendre » ?

Quel est le « goût » de cet entendre ?

Pénétrons à l’intérieur, faisons un avec lui, soyons « Oui ». C’est à dire laissons-le être ce qu’il est sans intervention, jugement, comparaison, image etc. Cet « entendre » n’a alors plus de caractéristique. Il s’évanouit dans le goût unique de l’instant.

Et qui sommes-nous dans cet instant ? Qui est ce « nous » dans lequel toutes les perceptions se manifestent et s’évanouissent ? Avons-nous une perception de ce « nous » ?

Tout se passe en « nous », mais nous ne pouvons « nous » percevoir. Par contre, nous nous savons être et même être conscient, puisque nous percevons.

Cet « être conscient » n’a pas de forme, pas d’espace, pas de temps. Situé dans cet « être conscient », que nous pouvons appeler la « présence consciente », la paix qui lui est inhérente – car la « présence » n’est jamais en conflit avec le présent…  – peut alors inonder tout notre être.

Dans cette expérience – qui peut-être faite à n’importe quel instant – nous découvrons alors notre vraie nature. Nous voyons qu’elle est la paix. Nous voyons que les perceptions ne peuvent la changer ou la perturber. Et nous voyons aussi que toutes les perceptions sont en fait constituées de cette paix. Elles ne sont pas différentes de nous, et c’est seulement dans le fait d’être « un avec elles » que cela se révèle, pas en les refusant ou les déformant.

Nos concepts du « moi », de l’espace, du temps ont une utilité au quotidien, mais si nous les prenons pour la réalité en soi, alors nous nous illusionnons et perdons le contact avec notre vraie nature. Et à partir de cette erreur, qui implique limitation, impermanence et séparation, la souffrance est créée.

La pleine conscience de ce qui est, par son ouverture, est l’antidote qui permet cette compréhension et donc la fin de l’ignorance.

 

Par Cyril Castaing, Extrait du livre « Simplement Oui »

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