S’il te plait, dis-moi quelque chose de vrai

Par Cyril Castaing,  lors d’un rêve éveillé à la lumière d’une nuit de pleine Lune .

– S’il te plait, dis-moi quelque chose de vrai. Quelque chose de vrai te concernant. S’il te plait, pas de théories, de chiffres, de phrases toutes faites ou de vérités répétées. Juste quelque chose de vrai sur toi.

 – Pourquoi me demandes-tu cela petite fille ?

 – Je viens de loin et ce soir je suis triste de n’avoir rencontré ici, aujourd’hui, que des adultes arrogants et prétentieux qui pensaient me donner des leçons sur la façon dont je devais mener ma vie, sur ce qu’il fallait que je fasse, sur ce qu’il était bien de dire. Ils pensaient détenir la vérité alors qu’ils étaient eux même entièrement faux. Ils pensaient m’indiquer le chemin de mon bonheur alors qu’ils avaient avec évidence manqué le leur. Ils étaient avides et immensément tristes au fond d’eux-mêmes…

 -Comment sais-tu qu’ils étaient tristes ?

 -Ça se voit au fond des yeux, même si on rit. Il manque une flamme, une flamme de l’émerveillement.

 – Moi aussi je suis triste, tu ne le vois pas ?

 – Si je le vois.

 – Pourquoi me demandes-tu cela alors?

 -Parce que je vois aussi que toi, tu ressens ta tristesse et que cette vulnérabilité te donne une vraie force.

 – Ce que tu me demandes est extrêmement difficile pour moi petite fille. Je ne sais pas d’où tu viens, mais chez nous, nous avons appris depuis tout petit à masquer notre vulnérabilité, à nous montrer forts, à devenir les meilleurs. Nous jouons avec le mensonge à tous les âges et à tous les étages.

 – Je ne pensais pas que c’était si difficile d’être vrai. Ça parait pourtant simple, il n’y a aucun effort à faire pour cela. C’est de mentir qui doit être fatiguant, il faut constamment caché la réalité !

 – Oui, c’est fatiguant, mais nous ne nous en rendons même plus compte, tant le mensonge est en nous. Le mensonge est devenu notre vérité !

 – S’il te plait, dis moi quelque chose de vrai. Quelque chose qui vienne de ton cœur, du plus profond de toi.

 -Pourquoi cela ?

 – Parce que je veux ressentir mon propre cœur. S’il te plait, dis-moi quelque chose de vrai.

 – Je ne sais pas ce qui est vrai, je ne sais plus. Tu m’aurais demandé cela il y a quelques temps, je t’aurais expliqué la vie. Je pensais moi aussi être dans le vrai, avoir de vraies convictions, mais ce soir je ne sais plus.

 – C’est très beau ce que tu dis, je croyais ne plus pouvoir l’entendre dans ce monde où tout le monde « pense savoir ».

 – Je ne suis plus sûr de rien. Sauf d’avoir été dans le faux.

 – Alors raconte moi le faux en toi. C’est cela être vrai.

 -J’ai cru que j’étais intelligent. J’ai tout fait pour l’être : De bonnes études dans les meilleures écoles, un rôle influent dans la société. On peut dire que j’étais quelqu’un de respecté et d’écouté, dans ma famille et dans mon métier. Une réussite en quelque sorte comme tout le monde en rêve. Sauf que ce rêve était basé sur une erreur.

 – Et quelle est cette erreur ?

 – Mes savoirs m’ont éloigné de moi-même, des autres et au final de la compréhension. Ils m’ont rendu aveugle et insensible.

L’intelligence n’a rien à voir avec les facultés mentales. Comme tout le monde je veux être heureux, et si cette intelligence supposée m’apporte le contraire, comment puis-je dire  que c’est de l’ « intelligence » ?

Je pense que l’intelligence est ce qui trouve l’harmonie, à l’intérieur avec soi-même et à l’extérieur, avec les autres et l’environnement. Ce qu’on appelle aujourd’hui intelligence mène souvent à la division, à l’inégalité, à la cruauté, à la souffrance et va à l’encontre des valeurs humaines fondamentales comme des lois de la nature.

 – Tais toi ! tu commences à faire des théories, pourtant tu étais bien parti… Ecoute la mer, écoute le silence au fond des vagues. Pour ma part, je ne me sens pas intelligente, mais pas bête non plus. Je fais juste confiance à ce silence.

L’intelligence n’est-elle pas dans ce silence ? En tout cas, elle ne m’appartient pas. Et, elle n’est certainement pas dans notre pensée, mais plutôt dans l’espace entre les pensées, dans ce vide. Relie-toi au silence et tu la sentiras peut être.

 – Tu parles bien sagement pour une petite fille…

 -Les petites filles sont souvent plus sages que les adultes ne le pensent. Les adultes se perdent justement dans leurs pensées, ils se séparent du monde, des autres et de leur profondeur. Ils créent l’espace et le temps, il rate la communion ici et maintenant. La pensée peut servir comme un bon outil mais elle peut aussi être très dangereuse, ce n’est pas elle qui doit nous diriger. Mais ne nous éloignons pas trop du cœur, dis-moi encore quelque chose de vrai.

 -J’ai cru que j’étais fort physiquement, j’étais plutôt musclé et bon en sport. J’utilisais le corps comme une machine, sans rien y comprendre. Je l’ai usé jusqu’à  la moelle, sans jamais écouté tous les signaux de détresse qu’il m’envoyait. Je l’ai pollué avec mes cachets et mon alimentation pour faire taire ses gémissements et ce faisant, j’étouffais sa capacité à retrouver l’équilibre. Il est devenu apathique ne réagissant plus aux agressions. Je pensais que j’étais résistant et en bonne santé, en fait, je me suis insensibilisé, accumulant toutes les tensions et les toxines, faisant de mon corps une véritable poubelle qui est pleine à déborder aujourd’hui…

 – Laisse parler ton corps alors, que dit-il maintenant ?

 – Il semble surpris de cette nouvelle attention, il commence à fourmiller de toute part…

 – Laisse-le fourmiller.

 – Mais, il commence à me faire mal, très mal même.

 – Laisse-le exprimer sa douleur, laisse ses tensions se dénouer, s’il te plait, n’interviens pas, pour une fois, laisse lui cette chance . N’interviens-pas, enlève-toi du milieu!  Redonne lui cette ultime chance, accompagne le dans ce chemin, donne lui juste un peu d’attention et beaucoup d’amour. Ne lutte pas contre lui, ne referme pas ce qui veut s’ouvrir. C’est ta dernière chance de ne pas te perdre et renouer avec lui, saisis-là.

 -Tu m’intrigues vraiment petite fille. Tu as l’air de ressentir ce que je ressens. Mais qui es-tu ?

 – Ne cherche pas à savoir, ça ne sert à rien. Sois juste avec moi, reste présent à notre échange.  Dis-moi encore quelque chose de vrai.

 – Je pensais avoir une certaine confiance en moi, avoir développé certaines qualités sur lesquelles je pouvais m’appuyer et être «  reconnu ».  Elles se sont avérées désastreuses, renforçant mon estime de moi-même, me figeant dans un rôle que je m’étais donné, une image que les autres avaient de moi et que je ne voulais surtout pas froisser. Je suis devenu une « personnalité », respectée, mais mécanique et superficielle.

J’ai eu une certaine réussite, professionnelle, amoureuse, financière, elles ne m’ont apporté que suffisance et mépris. Je me suis emprisonné tout seul dans une forteresse m’empêchant de comprendre les autres, mais surtout, empêchant aussi à mon être profond de s’exprimer.

 – Chez moi, on dit « si tu veux aller vite, marche tout seul mais si tu veux aller loin, marche avec les autres ».

 – Quel joli proverbe ! Si je l’avais écouté avant… Heureusement, la vie m’a rappelé à l’ordre et m’a montré qui était vraiment le « plus fort ». Construire son édifice sur une base aussi fragile et dénuée de bon sens m’apparaît ridicule aujourd’hui. Pourtant, c’est seulement quand tout s’est effondré que je m’en suis rendu compte.

 – Tu n’as peut être plus confiance en toi, en tout cas, moi j’ai confiance en toi. Tu es généreux et aimant.

 – Merci, c’est bien la première fois qu’on me le dit. On ne m’a jamais félicité pour ce genre de qualités…C’est normal, j’étais dans mon monde, pas celui des autres…

Mes idées, mes jugements, mon idée du bien et du mal, mes désirs, mon argent. En fait, je ne pensais toujours qu’à obtenir plus dans tous les domaines. « Qu’est-ce-que j’ai à y « gagner »? » était mon obsession.

Si je veux être heureux, il faut donc que je calcule comment « avoir » ce qui me manque pour « être heureux ». C’est, dit-on, comme cela que ça marche…sauf que personne n’y est jamais arrivé comme cela.

 « Oh oui encore un peu, s’il vous plait encore un petit peu plus. Car là, c’est certain, si j’ai ça, je serai heureux. Encore, encore, encore s’il vous plait mon dieu faites que mon vœux soit exaucé, j’en ai tellement envie. »

J’étais comme un mendiant, un mendiant qui cherche dans l’ « avoir » ce qu’il n’arrive pas « être »… Une pure impasse.

 – Dis donc, j’ai l’impression que tu commences à devenir grand. D’ailleurs regarde, ton corps s’est redressé !

 – J’aime bien ton humour de petite fille…. Je pensais aussi avoir de l’humour. On m’a toujours catalogué comme ayant un esprit vif et tranchant…Je critiquais constamment les autres, repérant rapidement les défauts à l’extérieur, je n’ai jamais pensé à les regarder à l’intérieur, car après tout, « j’avais raison ». J’étais redouté comme le roi des petites phrases assassines. … Ce n’était pas de l’humour, mais du désenchantement  enrobée de cynisme et de méchanceté . Mais ce n’était pas vraiment les autres que je « tuais », mais plutôt moi-même, je me suis coupé de mon cœur.

 – Je suis heureuse que tu parles avec ton cœur aujourd’hui et que tu écoutes ses plaintes.

 – Mais c’est justement tout le contraire de ce que je faisais. Refuser l’émotion à tout prix. Je pensais être plus fort qu’elle, sans m’apercevoir que du coup, j’en étais l’esclave inconscient…

 – Oui parler avec ton cœur, c’est accepter ton émotion, ne pas l’emprisonner à l’intérieur, mais ne pas en être non plus l’esclave. Tu dis que tu « t’es tué », c’est pour cela que tu parles de toi au passé ?

 -Oui, je suis mort.

 – Alors si tu es mort, tu peux renaître.

 -Renaître ? Je n’y crois pas. Renaître pourquoi, je ne veux pas revivre cette souffrance.

 – Oui, tu peux renaitre à la Vie.

 – Mais qu’est-ce-que la Vie ?

 – Ne cherche pas de réponse dans les mots, la Vie est ce que tu es. Elle te permet de ressentir, comme cette brise fraîche qui nous caresse la peau. Renaît à elle.

 – Comment faire ? Je ne crois plus en rien, et surtout pas en la religion.

 – Je ne te demande pas de croire mais de ressentir. Arrête de penser s’il te plait, ce que je te demande, c’est juste de ressentir et d’ouvrir ton cœur.

 – Comment faire ? je ne comprends pas.

 – Il n’y a justement rien à faire, rien à chercher. Souviens toi juste de t’oublier . N’espère plus rien, ne regrette rien. Sois la vie que tu es, maintenant au présent. Pas dans deux minutes, maintenant à cette seconde là, sans penser à la suivante.

 -Je n’y arrive pas, ça me rappelle des choses que j’ai lues , genre « guide pour la méditation » mais ce n’est pas mon truc.

 -Arrête de penser je te dis, je t’assure qu’il n’y a rien à faire, juste à être.  Ne me parle pas de méditation, de concept, de religion et de mots dont je ne connais pas le sens. Arrête les mots. Ne pense plus et ressens. Ressens de plus en plus profondément avec tout ton être, ton corps et ton cœur réunis. Ressens sans juger le ressenti, laisse le libre comme le ciel. Laisse ton cœur s’ouvrir, laisse ton corps se détendre, laisse ta tête se rafraîchir.

Abandonne toi dans le souffle qui te pénètre au plus profond de tes cellules. Abandonne toi à la vie, fais confiance et dit « oui » avec ton corps et « merci » avec ton cœur.

Vis comme si c’était la première et la dernière seconde de ton existence. Plus d’attente, plus d’espoir, plus de regret. Il n’y a plus de place pour ça.

 ( Silence )

 – Petite fille, je sens une grande paix et une grande joie qui m’envahissent.

 – Ne cherche pas à les retenir, abandonne toi dans le ressenti. Ne pense plus à toi, ne projette plus d’image.

 – Petite fille, j’ai peur maintenant.

 -Ne rejette pas la peur, accompagne là, dis lui juste « oui je suis avec toi », comme tu prendrais ton bébé dans les bras.

 -Je ressens un sentiment étrange, à la fois nouveau et en même temps connu, comme un vieux souvenir, un très vieux souvenir…

Merci petite fille, Je pensais t’aider en répondant à tes questions mais c’est toi qui m’as comblé.

 – D’un certain point de vue donner ou recevoir, c’est la même chose. En me donnant, tu as reçu.

 Sens, maintenant ,comme nos cœurs sont  en résonance, je me sens aussi remplie et grande grâce à toi.

 – Moi aussi, je me sens à l’aise et détendu comme jamais. Ma tête est claire, mon corps est solide, mon cœur est léger. Je les sens unifiés.  Merci petite fille.

 – Mais je n’ai rien « fait », nous étions juste ensemble présents l’un pour l’autre, puis l’un en l’autre , puis ni l’un ni l’autre… Nous sommes simplement revenus à notre état naturel. Rien de plus, mais rien de moins.

 – Mais qui es tu petite fille ? Tu parais plus âgée que moi.

 – J’ai peut être l’âge que tu avais quand tu as commencé à vivre dans l’urgence au quotidien et que tu as oublié l’urgence de l’essentiel. L’âge que tu avais quand tu as cesser de t’émerveiller, d’’illuminer tes journées et que tu as commencé à diviser le monde « en bien » et  « pas bien », à vouloir miser pour gagner. J’ai arrêté de vieillir il y a bien longtemps, peut-être même avant que tu naisses !

 -Tu commences à m’inquiéter petite fille… Ou alors tu as un sacré humour… J’aimerais apprendre plus auprès de toi.

 – Ne cherche pas de moi autre chose que ma présence.

Quand toi tu cherchais à atteindre ton objectif, moi je n’avais pas de direction.

Quand tu as atteint ton but, moi j’ai eu tout le reste.

 – Apprends moi un peu plus s’il te plait petite fille.

 – Je ne peux rien t’apprendre que tu ne saches déjà.  Cherche dans ton cœur et tu trouveras. Mais j’aimerais te demander  une chose avant de partir.

 -Encore, tu m’a déjà demandé beaucoup ! Non je plaisante, c’est mon humour mal placé qui revient… Je t’écoute.

 – S’il te plait reviens de temps en temps à ton cœur, à ton ressenti et dis merci. Où que je sois, je ressentirai cette communion avec toi et nous pourrons communiquer comme ça. Souviens-toi de moi et je me souviendrai de toi.

 – C’est promis, je le ferai. Où as-tu appris tout cela petite fille ?  D’où viens-tu ?

 – J’ai appris cela des arbres, de la mer, de la Nature. J’ai juste écouté ce qu’ils disaient dans le silence.  Ils m’ont enseigné tout ce que ton éducation ne t’a jamais montré, c‘est à dire l’essentiel.

Je vis dans un lieu où la nature est encore respectée. Nous ne sommes pas des arriérés ou des illuminés, nous sommes juste des êtres humains conscients de notre petitesse et de notre dépendance totale à son égard. Mais tout cela parait un peu simpliste et naïf pour les gens d’ici. Ils ont perdu cette innocence et bien pire encore que cela …

 – Oui, je comprends ce que tu veux dire. La simplicité est difficile à percevoir pour notre mental obscurci et compliqué. Nous ne savons plus regarder ni écouter. Je le vois clairement maintenant.

 Au revoir petite fille et à très bientôt donc.

 – Au revoir et n’oublie pas ta promesse.

 – Je ne pourrai jamais oublier, si je l’oublie, je suis mort. Et ce soir, je veux vivre de nouveau pour voir tout ce que j’ai manqué.

3 réflexions au sujet de « S’il te plait, dis-moi quelque chose de vrai »

  1. C’est un très bon extrait!! Mon passage préféré: S’il te plait reviens de temps en temps à ton cœur, à ton ressenti et dis merci. Où que je sois, je ressentirai cette communion avec toi et nous pourrons communiquer comme ça. Souviens-toi de moi et je me souviendrai de toi. !! Belles paroles

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