Q&R: la méditation (5eme partie)

Voici certaines questions posées autour de la méditation. Les réponses données par Cyril Castaing ont été formulées dans un contexte particulier, il s’agit donc de les prendre avec précaution. 

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Je suis assez perfectionniste dans mon travail, et je pense être assez compétent, mais en même temps cela me procure une tension et un stress permanents. Est-ce que la méditation pourrait m’aider à trouver de la détente au sein même d’une activité où la concentration est essentielle ?

En tout cas, elle vous aidera sans doute à y voir plus clair à propos de ce que vous appelez le « perfectionnisme ».

Il n’y a rien de mal à vouloir faire son travail du mieux possible, c’est même tout à fait louable et de plus en plus rare de nos jours… Toutefois, il y aussi une forme de perfectionnisme qui est destructeur pour soi et pour ceux qui nous entourent.

Sous couvert de vouloir « faire mieux », il y a une forme de diktat du « bien », une insatisfaction permanente. Or, où est la perfection recherchée dans une action, une œuvre, ou un objet ?

Nulle part ailleurs que dans celui qui décide de la perfection. La perfection dans les formes n’est qu’une vue de l’esprit. La perfection est la conscience – et donc dans toutes les formes si nous ne les jugeons pas – mais elle n’est jamais dans une forme particulière en fonction de certains critères.

Qui pose les critères de la perfection ? Ils sont tout à fait subjectifs, ce sont des jugements de valeur uniquement, issus de nos conditionnements. En posant ses conditions sur ce qui est bien, on ne sera satisfait qu’à partir du moment où ces conditions seront remplies, au moment où nous aurons dit « Oui, ok c’est bien ». Donc en les repoussant constamment, on empêche la satisfaction d’apparaitre. C’est une tension permanente et une vision étroite de ce qui est recherché.

Or que recherchons nous vraiment à travers toute action, tout travail ? Le moment où l’on est satisfait. On croit obtenir la paix à partir du moment où les conditions seront comme nous voudrions. Mais c’est cette volonté qui empêche la paix ! La paix est déjà là, et nous nous empêchons de la vivre en voulant toujours autre chose…

Alors autant partir en étant déjà en paix ! Cela n’empêchera pas de faire le travail ou l’action requise, mais de savoir de façon plus pertinente ce qui doit être fait ou pas. Non plus en fonction des critères « du bien », souvent inconscients, mais du besoin de la situation dans son ensemble.

Mais s’il y a quelque chose à prouver, une image ou une réputation à défendre, nous serons prisonniers de cette idée. Nous lutterons contre ce que nous sommes pour paraitre en adéquation avec ce que nous voulons montrer…

C’est usant, fatiguant et destructeur. La perfection recherchée devient un leurre qui entretient notre illusion sur ce que nous sommes, la source de toute insatisfaction…

Alors oui, la méditation peut vraiment aider à être cette paix au sein même de l’activité. En étant déjà sciemment ce que nous cherchons, nos actions ne seront plus alimentées par notre agitation égotique.

Est ce que la méditation peut servir à corriger la distraction et le manque de concentration au quotidien ?

Il peut y avoir plusieurs causes au manque de concentrationcomme vous dîtes.

Tout d’abord, des causes biologiques, ou fonctionnelles, si je peux m’exprimer ainsi. Dans ce cas, il serait intéressant de porter attention à vos nourritures, qu’elles soient justes par rapport à vos besoins. Je ne parle pas uniquement des nourritures comestibles, mais aussi des nourritures intellectuelles et émotionnelles. Si nous nous nourrissons d’aliments agités ou toxiques, il est difficile de se concentrer car cela demande une certaine énergie, une certaine stabilité intérieure.

En dehors de ces problèmes purement fonctionnels, il peut aussi y avoir un manque d’intérêt, tout simplement. En général, on est concentré lorsque ce que nous faisons nous semble important ou intéressant.

Même la fatigue peut venir d’un manque d’intérêt. Nous sommes souvent plus fatigués à cause de ce que nous ne pouvons pas faire, mais dont nous avons envie – les désirs bloqués entravent l’énergie -, qu’à cause de ce que nous faisons. Pour preuve, le retour de l’énergie lorsque l’envie est là !

Enfin, le manque de concentration peut aussi provenir d’une propension à se projeter constamment dans le futur et à toujours penser à l’étape suivante. En étant dans le devenir, nous ne sommes plus dans l’être, la présence, en tout cas en pensée. Tout le monde est dans ce cas, mais certains y sont plus que d’autre et c’est parfois une chance car ils peuvent alors s’en rendre compte  plus facilement!

La méditation est justement l’établissement de la présence, c’est donc évidemment utile pour le manque de présence. Et cela peut être utile à plusieurs niveaux. Mais encore une fois, la méditation n’est pas la concentration ! Si c’est votre but, faites des exercices de concentration – et de nombreuses méditations enseignées ne sont en fait que des concentrations -, mais ne confondez pas la concentration avec la méditation, c’est même l’inverse !

 

La méditation est l’inverse de la concentration ? Cela signifie que c’est de la dispersion ?

Non, mais je voudrais d’abord expliquer le vocabulaire que je vais utiliser sinon cela est propice à la confusion. Je précise que ces définitions n’ont rien d’universelles, chaque courant peut avoir les siennes, l’important est d’être clair en les utilisant.

L’attention est une fonction du cerveau. L’attention dirige le champ de conscience mentale et permet de percevoir un objet. L’attention est donc une fonction mentale qui focalise la conscience vers quelque chose. L’attention provient de la conscience, tout mouvement de sa part est donc une forme d’éloignement de cette source vers « l’extérieur ».

Comment, dans ce cas, porter de l’attention vers la conscience ? C’est comme vouloir faire un pas vers son propre corps : toute direction est mauvaise et en même temps toute direction ne nous en éloigne pas…

La vigilance dont on parle dans la méditation permet de porter son attention vers l’attention pour la faire revenir à sa source et qu’elle devienne sans objet…

Ainsi, lorsque l’on parle d’inattention, cela ne signifie pas que l’attention est absente – à l’état de veille elle est toujours présente – mais que l’attention saute d’objet en objet – la dispersion – ou qu’elle est prise en otage par un objet sans prendre conscience du reste – on dit alors souvent que l’on est dans les nuages …

L’inattention dans notre vocabulaire correspond donc parfois à un manque de concentration, mais parfois à un excès de concentration, lorsqu’un seul objet prend toute la place, mais jamais véritablement à un manque d’attention.

La concentration est un effort mental pour maintenir l’attention sur un objet précis. On regarde profondément mais de manière étroite. Alors que la dispersion est large mais superficielle.

Donc la méditation n’est ni une concentration, ni une dispersion. La concentration réduit le champ de conscience, alors que la méditation est au contraire une ouverture du champ de conscience, en profondeur et en largeur, une pleine conscience. C’est pour cela que l’on peut très bien être dans une sorte de dispersion de l’attention, en passant d’un objet à un autre, sans être inattentif. Méditer, c’est simplement s’en rendre compte, en étant conscient de ces sauts de puces. D’ailleurs lorsque l’attention se relâche et redevient naturelle, elle passe d’un objet à l’autre sans aucune fixation. La grosse différence entre une attention normale et la vigilance (l’attention à l’attention), c’est que dans ce dernier cas, nous ne sommes plus identifiés aux objets de perception.

Mais l’état naturel de l’attention est plus proche de ce que vous appelez l’inattention que de la concentration. Tant que le mental n’est pas discipliné, les enfants sont aussi souvent dans cette attention ouverte. Quand vous commencez à méditer, c’est ce que vous remarquez, votre mental ressemble à kaléidoscope d’images et de mots…

Cette distinction est très importante. Car si la concentration est utilisée dans certaines méditations, surtout au début, en la maintenant elle empêche la véritable méditation. L’attention est toujours présente à l’état de veille, elle prend la forme de l’objet perçu, c’est à dire d’une sensation, d’une pensée ou d’une perception des sens (images – émotions ou sentiments sont des sous-catégories de celles-ci).

 

 

Comment apporter le calme d’une méditation dans le quotidien et nos activités, même si celles-ci sont très stressantes ?

La méditation formelle doit rester un laboratoire pour expérimenter l’instant présent de manière plus profonde afin de bien le comprendre.

Dans un environnement calme et propice, elle permet à ce que ce calme, ce silence nous envahisse petit à petit pour appréhender les perceptions de manière plus lucide. Mais la méditation en tant que présence au présent ne recherche pas le calme. Elle est le calme qui accueille tout, le silence comme le bruit.

Au début, on est prit dans l’agitation du mental, des objets, des perceptions. On s’identifie à eux, méditer permet de s’en détacher. Alors on perçoit le silence et on devient calme, mais de nouveau, c’est encore un objet de perception. Donc dès que le bruit réapparait, que l’exercice se termine, que la méditation prend fin, on redevient agité.

Notre seule envie est alors de retourner méditer… C’est une forme d’attachement à la pratique qui, dans un certain sens, est intéressante car cela signifie qu’on a gouté à la paix, mais qui peut aussi parfois nous mettre en conflit avec la vie ordinaire.

C’est donc aussi un piège !

Cela arrive fréquemment avec des méditations qui demandent une concentration sur un objet. Avec cet exercice, un calme mental s’instaure. C’est très utile pour nous relaxer et d’un point de vue thérapeutique. Cela peut aussi être une bonne introduction, mais pour ce qui est de notre vraie nature, ça mène à une confusion. C’est juste un état de détente et de bien-être temporaires.

On ne peut rester indéfiniment dans cet état, d’où la frustration. Car le mental, par nature, est en mouvement. On peut le rendre calme, par moment, avec certaines techniques, mais c’est comme un somnifère. Or dans le quotidien, on a besoin d’un mental actif et aiguisé !

Il nous faut donc comprendre ce dont il s’agit plus profondément pour éviter ce piège.

Le silence d’une séance de méditation formelle habituelle doit faire résonner le vrai Silence sous-jacent, qui n’est pas un silence que l’on écoute, mais le Silence que l’on est, le vide qui permet au mouvement comme au non-mouvement d’apparaitre. Ce Silence, sous le silence et le bruit, est notre vraie nature.

Si nous le vivons sans en faire un objet d’attachement alors, par la suite nous pouvons l’être consciemment même dans un environnement où le mental est actif.

Si nous le sommes, le mental pourra être en mouvement sans nous déranger vraiment. Nous devons alors faire la distinction entre un mental actif et un mental agité.

Nous sommes le connaisseur du mental  et si nous ne lui donnons pas plus d’importance qu’il en a, son agitation se calmera d’elle-même.

 

Cela signifie t-il que les méditations fréquemment enseignées ont une limite par la façon dont elles sont introduites ?

Il y a souvent une contradiction qui survient effectivement.  Mais c’est très bien comme cela, car celui qui s’en aperçoit pourra justement aller au-delà. Tout notre chemin intérieur est semé de contradictions apparentes qu’il nous faut résoudre pour les dépasser. Et seul celui qui est confronté à elles pourra vraiment avancer. Et encore une fois, je conseille à chacun d’aller voir de vrais sages (pas moi donc !)

Mais effectivement, certains enseignements ne peuvent, à mon avis, toucher le cœur de la vraie méditation. Car la méditation devient vraie lorsqu’il n’y a plus de sujet de méditation et  plus personne pour méditer.

La méditation de détente vise à rassurer la personnalité, l’équilibrer, la rendre plus calme, la vraie méditation remet en cause la personne pour qu’elle se dissolve dans sa vraie nature, qui est en deçà de toutes caractéristiques personnelles.

Tant que le « je » qui se croit une entité corps/mental n’est pas mis en cause, les moments de calmes vont se succéder aux tempêtes et nous nous identifierons à l’un et l’autre, sans nous percevoir comme étant leur plan d’accueil.

Mais ce « je » aime bien être rassuré et n’aime pas du tout être remis en cause ! Pourtant, il est la cause de toute souffrance, c’est le sens des quatre nobles vérités du Bouddha.

Est ce que la méditation n’est pas en contradiction avec ma croyance en Dieu ?

Pas du tout, elle peut même vous permettre de l’approfondir !

La méditation est en deçà de toute croyance. Elle est indépendante des croyances religieuses. Dans chaque tradition, il y a d’ailleurs une forme de méditation, bien que certaines l’aient oubliée.

La prière, dans son sens profond d’abandon à Dieu, d’une soumission sans marchandage, c’est à dire d’un « oui » au présent, est une pure méditation.

Mais souvent la prière est une demande, une requête à Dieu – ou au force de l’univers – pour qu’il nous aide. Cela peut être tout à fait justifié et très puissant si nous sommes honnêtement dans une position d’humilité et de dévotion, mais ce n’et pas toujours le cas. Notre prière, en général, est une sorte de caprice de notre égo, donc il  est fort probable que Dieu ne nous écoute même pas…

Si l’on est profondément religieux, la religion ne doit pas rester dans une pratique superficielle ou un apprentissage stérile de dogmes ou de règles. L’aspect civilisateur, moraliste, culturel de la religion peut être intéressant, mais il n’a pas grand chose à voir avec la spiritualité.

Si on croit en Dieu, alors il faut aller à sa rencontre. Et si on n’y croit pas, alors il faut chercher qui nous sommes, ou chercher à être profondément heureux et en paix, ce qui revient au même en fait.

L’idée que l’on a de Dieu, ou le fait de ne pas y croire, n’est souvent qu’une idée, un concept issu de notre histoire personnelle et que l’on pense parfois irréfutable.

Mais il nous faut aller au delà de l’idée, du concept. Une histoire bouddhiste dit d’ailleurs : « Si tu rencontres le bouddha, tue le ! ». Cela signifie que toute idée de Dieu ou de la perfection n’est qu’un concept et que c’est un empêchement à le rencontrer vraiment. L’image, l’idée, le concept ne peut jamais être Dieu.

Certains se demandent encore si Dieu est vraiment un homme à barbe blanche sur son nuage qui supervise les affaires du monde… En fait, – c’est un secret que je vous livre, gardez-le pour vous – aux dernières nouvelles, il paraitrait plutôt qu’elle est noire avec un tatouage !

Plaisanterie mise à part, c’est vraiment infantile et prouve que nous n’y avons pas beaucoup réfléchi. Si Dieu reste un sujet de discussion mondain autour d’une table après quelques verres de vin, ça n’ira pas loin…

Toutes ces façons de réfléchir sont limitées et cela ne change rien au fond de l’affaire. Il nous faut approfondir la question plus sérieusement. Et toutes nos certitudes à ce sujet sont souvent des obstacles à notre intelligence, si nous les croyons sans véritable remise en cause.

Il nous faut donc expérimenter la vie plus profondément et la méditation est un laboratoire de cette expérience.

 

Alors la méditation peut aussi être une rencontre avec Dieu ?

Pour le croyant oui. Pour le non-croyant, il l’exprimera différemment. Car qu’est ce que la méditation au fond ?

Un Oui au présent, un abandon de soi, une absence de l’identification à la pensée « moi-le corps-mental ». C’est à dire une présence totale, un retour à la conscience.

Et qu’elles sont les caractéristiques de cette présence, cette conscience ?

Elle est justement toujours présente, toujours consciente, elle est l’accueil de ce qui est, elle est un avec tout ce qui est perçu. Un avec les objets, c’est la beauté ; un avec les situations, c’est la paix ; un avec les autres, c’est l’amour. Elle est le vide dans lequel toutes les formes s’expriment, elle est leur source.

Et qu’est ce qui est éternellement présent, conscient, qui est un avec tout, qui en est leur source, qui illumine tout ce qu’il perçoit tout en étant la substance même de toute chose, et dont la révélation s’exprime par la paix, la beauté, l’amour, la joie, le bonheur ?

Si Dieu existe, il me semble que cela ne peut-être que lui ou sa manifestation !

Toutes les religions disent que Dieu est amour. Malheureusement, les hommes vont faire la guerre en son nom… Car à vouloir imposer une vision du Bien de façon dogmatique et aveugle, inévitablement cela n’apporte que névrose et fanatisme.

Si la situation n’était pas aussi tragique et source de souffrance, il serait presque risible de voir des hommes croire que leur Dieu est le seul vrai et que leur culture est la seule garante de la vérité…

La méditation permet de voir au delà de tout dogme et de remettre en cause toutes les croyances de notre mental et les conditionnements de notre culture.

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