Q&R: la méditation (6eme partie)

Voici certaines questions posées autour de la méditation. Les réponses données par Cyril Castaing ont été formulées dans un contexte particulier, il s’agit donc de les prendre avec précaution. 

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J’ai l’habitude des méditations silencieuses et la parole me gène. N’est ce pas un obstacle pour méditer?

J’ai longtemps médité aussi dans le silence complet et lorsque je suivais des méditations guidées cela m’a beaucoup perturbé au début.

Je pense que le silence est effectivement essentiel, beaucoup plus riche que certaines paroles, et il est important de méditer dans le silence complet, mais attention à l’attachement que l’on peut aussi avoir pour le silence.

D’autre part, dans les ateliers qui sont proposés ici, il s’agit d’un laboratoire d’expérience et le silence dont il est question est celui qui accueille le son. Ce n’est pas un silence d’absence de bruit… Si nous sommes trop attachés au silence, nous nous trompons de silence. Ce qui nous dérange, c’est notre mental bruyant… Mais la méditation ne cherche pas obligatoirement le calme du mental ! Elle met en avant le silence que nous sommes et non pas celui que nous écoutons.

Cette distinction est fondamentale et si nous ne la comprenons pas, nous chercherons indéfiniment un silence qui sera toujours temporaire en nous mettant en conflit avec le bruit du monde… D’où les irritations parfois – si l’on voit la méditation comme un petit moment de repos dans un bel endroit avec des odeurs d’encens- lorsque nous nous retrouvons dans l’arène de la vie….

Les mots sont des véhicules et lorsqu’ils viennent et portent vers ce silence – ce qui est normalement le cas dans des méditations guidées -, ils peuvent posséder une force qui nous ramène à notre vraie nature. Si nous sommes dérangés par les paroles durant certaines méditations, c’est qu’en général notre mental est trop bavard, en réaction à ces mots, nous les jugeons, les évaluons, au lieu de les accueillir.

Le silence extérieur est certes utile et important dans la méditation, mais la parole peut aussi l’être de temps en temps et en fonction des besoins différents. Notre tendance nous porte vers l’un ou l’autre et c’est toujours bien d’équilibrer…

 

Si méditer est être conscient de ce que l’on fait, quel intérêt à s’asseoir pour méditer ? Ne peut-on pas méditer en continuant son activité habituelle ?

Oui bien sûr, vous avez entièrement raison. Toutefois, il est rare dans notre quotidien d’être réellement présent dans l’activité, très souvent nous sommes emportés par ce que nous vivons.

De plus, la pratique formelle de la méditation permet aussi d’expérimenter parfois plus profondément l’instant et de « toucher » sa nature profonde.

Il faut voir une séance de méditation comme un laboratoire où l’on expérimente avec plus de profondeur.

Mais l’assise peut aussi devenir une activité comme une autre, et dans ce cas, on peut créer un attachement à la posture, à la séance de méditation.

Or, comme vous le dites très justement, nous devons pouvoir méditer au sein même de notre activité du quotidien puisque méditer n’interfère pas avec ce qui est, mais au contraire l’éclaire. Nous ne devons pas seulement rester coincés dans notre assise, ce qui serait une contradiction avec la méditation même.

On peut donc très bien se passer d’une pratique formelle de méditation – à mon avis – mais je pense néanmoins que c’est une bonne pratique pour renforcer la compréhension et la présence. Et c’est un formidable laboratoire pour remettre en cause nos concepts erronés.

De plus, si la présence que l’on peut vivre lors de certaines activités physique, mentales ou artistiques peut effectivement être une forme de méditation, il ne faut cependant pas confondre une certaine concentration avec la méditation. Méditer, c’est ouvrir l’attention et se rencontrer en tant que présence en quelque sorte. Cela permet de remettre en cause notre identification, source de toute souffrance. Or dans la concentration habituelle, notre champ de conscience est réduit et nous ne remettons jamais en cause qui nous sommes…

Peindre, pratiquer un art martial, une pratique énergétique ou autre peut être très bénéfique et devenir un vrai moment de présence à l’instant, mais rarement ces activités ne nous permettent de remettre en cause notre identification. Nous trouvons cela agréable quand nous le faisons, mais à la fin de la séance, est-ce que cela change ce que nous pensons et ressentons être ?
c’est pourtant là la cause de toute souffrance suivant les 4 nobles vérités du Bouddha…

Je ne comprends pas très bien le rapport entre moment présent, conscience et ce que nous sommes…

Pour revenir à notre définition, méditer c’est donc être conscient du moment présent. C’est-à-dire conscient de la conscience, puisque nous avons vu que le moment présent est fait de la conscience de quelque chose (sensations, perceptions, pensées, images mentales, émotions etc…). Ce « quelque chose », cet objet de perception, change tout le temps dans les formes, mais le sujet qui observe (nous) ne change jamais, c’est la conscience inaffectée et c’est notre vraie nature, comme le disent les bouddhistes. Nous pouvons le vérifier par l’expérience concrète du moment présent.

Donc méditer, c’est être conscient de ce que l’on est profondément mais aussi du moment présent et de la conscience… Ce sont donc des synonymes, cela dépend des approches.

Mais comment être conscient de la conscience ?

Reprenons d’abord les termes pour bien les définir et éviter les confusions. Notre attention est une fonction du mental qui porte le faisceau de lumière de la conscience sur un objet. C’est une tension vers un « quelque chose » pour que ce quelque chose devienne perçu.

Mais comment tourner l’attention vers la conscience ? Puisqu’elle vient de la conscience, tout mouvement de sa part est un éloignement. Si on tourne la lampe dans la direction opposée, on n’éclairera jamais la lampe.

Lorsque nous disons vouloir être conscient de la conscience, de ce que nous sommes, du moment présent, (ce qui est le sens même de la méditation) en fait nous nous apercevons que cela est impossible de la manière dont nous avons l’habitude. Car on ne peut être conscient que de quelque chose, d’un objet, mais ce que nous cherchons c’est la conscience, le moment présent qui n’est pas un objet, puisque c’est le sujet ultime… Et même, ultimement, l’essence même de tous les « objets ».

C’est pour cela qu’être conscient de la conscience n’est pas une perception qui peut être perçue par notre mental.

Le mental trouve là sa limite, puisque sa fonction est d’objectiver, d’identifier des objets. Il ne peut jamais trouver le sujet…. Mais la bonne nouvelle, c’est que – comme le soleil n’a pas besoin de quelqu’un d’autre pour s’éclairer-  la conscience n’a pas besoin de cet outil pour se connaître, car elle se connait par identité, en étant, c’est-à-dire en étant consciente…

En fait ce que disent les traditions, c’est que nous sommes déjà cette conscience consciente mais nous voilons cette connaissance. Et cette ignorance est le fait de notre mental, c’est-à-dire de nos pensées/sentiments.

Pour éclairer cette ignorance, il faut donc que le mental plonge dans sa source et s’y perde. C’est ce qui arrive lorsque nous sommes un avec dans la beauté, l’amour, la joie, la liberté, la paix… C’est à dire lorsque nous « sommes » la méditation. Plusieurs formes peuvent y mener, mais c’est toujours le même processus au final, le sujet et l’objet -qui ne sont en définitive que des objets mentaux –  s’effondrent pour révéler l’unité sous-jacente.

Si nous partons avec cette conviction que nous sommes déjà libres, que nous ne trouverons jamais ce que nous cherchons dans une perception, nous laissons être ces objets de perception. Une détente instantanée apparait et nous revenons alors à ce que nous sommes : l’ouverture, un « Oui » à ce qui est.

Si une compréhension intellectuelle me semble pertinente sur ce point pour éviter toute mauvaise interprétation, il faut surtout laisser l’expérience s’expérimenter, car le mental trouve ses limites dans l’explication. En nous berçant de belles phrases, il peut jouer longtemps avec les concepts sans que nous comprenions vraiment ce dont il s’agit …

Faut-il un effort pour cela ? On parle souvent du non-effort pour « être », mais si je ne fais aucun effort je ne vois pas comment je pourrais y arriver…

Oui, c’est juste. Mais il faut faire attention sur ce point et bien comprendre de quoi on parle.

Il y a souvent une grande confusion à ce propos ; et pendant longtemps cette notion d’effort et de non-effort était très confuse pour moi. J’écoutais un enseignement et je me disais qu’il fallait que je fasse plus d’efforts, puis après je lisais un livre qui disait l’inverse et j’étais perdu…

Ultimement, il n’y pas d’effort et la conscience que nous sommes ne fournit jamais aucun effort. Pour se connaitre non plus… Elle Est, c’est tout, elle est l’Accueil que nous le sachions ou pas. Mais que nous le sachions requiert souvent un effort certain… Cependant cet effort doit aussi être bien cerné. Il ne s’agit pas ici de se muscler, d’apprendre un métier ou une langue étrangère, il s’agit de revenir à nous-mêmes, que nous sommes déjà par définition!

L’effort consiste donc à voir l’erreur, le « péché originel », l’ignorance dans notre vraie nature. Il faut donc arrêter de croire que la conscience est identifiée au corps/mental et c’est cette croyance – incrustée dans ce corps/mental – qui est un effort, une lutte contre le réel. C’est comme un muscle tendu dont on n’a pas conscience. Il faut faire un effort pour ne pas rester bloquer dans cette contraction. Mais cet effort est une détente de la contraction par la prise de conscience …L’effort juste aboutit donc au non-effort qui révèle l’ouverture sous-jacente.

Comment puis-je m’éveiller?

Une réponse serait de dire : en voyant votre vraie nature et en la vivant à chaque instant. Une autre serait : impossible de vous éveiller car personne ne s’éveille jamais, l’éveil est impersonnel, il est déjà là et se révèle lorsque la personne ne maintient justement plus l’illusion de sa réalité.

Mais je vous en donnerai une troisième plus personnelle : je n’en sais rien !

Allez voir un maître spirituel et posez lui la question, il vous donnera sans doute une réponse plus adapté à votre cas particulier…

 

 

Peut-on vraiment accepter la souffrance ?

Encore une fois, entendons-nous bien sur les définitions des mots. Car toutes les approximations ajoutent de la confusion sur certaines pratiques. Et l’erreur causée par une acceptation psychologique de devoir peut être dévastatrice, intérieurement parlant.

La souffrance est un refus de ce qui est perçu. Donc, dire que l’on est dans l’acceptation lorsque l’on souffre est une forme de mensonge, ou tout au moins, de vision superficielle.

Par contre, ce qu’il est possible d’accepter, c’est l’expression de la souffrance, c’est-à-dire la sensation d’inconfort ou l’émotion qui est d’ailleurs là pour nous libérer.

Mais ce que j’appelle « Être Oui » n’est pas accepter la souffrance, c’est accueillir le ressenti au présent. Ce ressenti peut être provoqué par une souffrance.

Et si cet « être Oui » devient vraiment vécu, il nous positionne comme l’ouverture. Dans ce cas, la souffrance ne peut résister, car elle est la résistance même.

Or en l’absence de souffrance, nous sommes naturellement en paix…

Ainsi, « être oui » n’est pas accepter pas quelque chose de particulier, c’est être l’ouverture et c’est donc d’abord s’ouvrir au ressenti. Cette ouverture permet au refus de s’exprimer, il est à l’intérieur de nous, donc laissons-lui la possibilité de partir.

Dire que l’on doit accepter nos refus est une violence que l’on s’inflige. Le refus n’ayant pas le droit d’apparaitre se trouve coincé et nous congestionne. Donc acceptons d’abord l’expression de nos refus s’ils sont là – c’est-à-dire le présent !- et lorsque cette expression s’est dissipée, nous voyons alors la situation plus clairement.

La souffrance est la preuve que nous cherchons la paix, sinon nous ne refuserions pas le présent qui semble nous empêcher de la trouver. Mais le paradoxe, c’est que c’est au cœur de cette souffrance que se trouve en fait ce recherché, mais il est caché par notre refus qui est censé pourtant nous aider à le retrouver…

On parle souvent du mental, mais qu’est-ce que c’est exactement? Est-ce qu’il est nuisible et inutile ?

Il y a là aussi beaucoup de confusions sur le mot mental car on peut lui donner plusieurs définitions et suivant les traditions, il signifie des choses un peu différentes.

J’essaye de l’utiliser d’une manière assez simple pour ma part, et suivant les cas, il peut regrouper principalement deux fonctionnalités.

Le mental peut correspondre à l’ensemble des activités psychiques de l’être humain.

On peut d’abord définir les trois grandes familles d’événements que nous pouvons percevoir : les sensations qui viennent du corps, les perceptions de nos organes sensoriels, les pensées de notre mental. Les autres sentiments, émotions, images mentales… peuvent être mises dans des sous-catégories

Mais on peut aussi étendre le fonctionnement du mental aux sensations et aux perceptions.

Sensations et perceptions permettent la forme, ils sont le percept ; la pensée permet le nom, c’est le concept. Mais forme et nom sont en définitive le rôle du mental qui filtre la réalité indivisible et indescriptible, ici et maintenant, pour lui donner une réalité relative et créer un objet de perception dans le temps et l’espace.

On voit bien donc que le mental est indispensable pour vivre en tant qu’être humain.

Mais ce mental est aussi celui qui va créer l’idée et le sentiment d’être une entité séparée. La personne que nous pensons être est une réalité relative. Notre vraie Nature ne l’est pas, c’est ce que disent toutes les traditions et la pensée qui nous le fait croire est créée par ce mental qui a construit des concepts qu’il prend pour la réalité en soi.

Mais en définitive, ce mental n’est aussi qu’une pensée…

Mais quel rapport entre le mental et la conscience, sont-ils différents?

Le mental est une forme de la conscience. Le mental est la conscience qui a pris une forme particulière, ici et maintenant. On peut voir le mental comme une modulation de la conscience, une contraction de l’infini dans l’espace/temps pour expérimenter le monde des phénomènes.

Il a donc son rôle à jouer ! Le problème est si la conscience s’identifie à lui et donc aux formes qu’il perçoit… C’est comme si l’acteur de cinéma se prenait pour le rôle qu’il joue pendant le tournage mais aussi après.

Perceptions et sensations donnent la forme. La sensation, c’est-à-dire la perception intérieure, crée ce que nous appelons le corps. La perception des sens crée le monde que nous appelons extérieur. Cette distinction, opérée par le mental, créé le moi et le non/moi, l’intérieur et l’extérieur. L’espace est aussi ainsi créé.

La pensée qui va nommer les perceptions à partir de la mémoire -une autre pensée-, va donc conceptualiser le passé et le futur. Le temps est ainsi créé. Cet espace/temps qui est donc une pensée, a besoin d’une référence, le centre autour duquel il est vécu, le moi identifié au corps.

La conscience a besoin de sa forme mentale pour vivre les manifestions particulières de ses modulations. Elle a besoin de ce filtre pour séparer la pure réalité indivisible, en réalités relatives qui vont pouvoir ainsi être expérimentées. Comme le spectre continu de la pure lumière du soleil a besoin d’une diffraction afin que soit visible, pour notre œil, toutes les couleurs de l’arc en ciel…