Questions Réponses autour de la méditation (1ere Partie)

Voici certaines questions posées autour de la méditation. Les réponses données par Cyril Castaing ont été formulées dans un contexte particulier, il s’agit donc de les prendre avec précaution.  Cet article est en lien avec les suivants sur le même sujet:

 Q&R 2eme partie 

 Q&R 3eme partie 

Qu’est-ce que méditer ?

Méditer, c’est simplement être conscient de ce qui est, ici et maintenant, dans l’instant présent. Mais attention à l’erreur commune qui est de « penser l’instant présent » et de le voir comme une période du temps, un endroit de l’espace. « L’instant présent », le « ici et maintenant », ne peut être appréhendé par la pensée.

Il n’y a pas de notion de temps dans ce « maintenant » ou d’espace dans ce « ici ». Ils sont en dehors de l’ « espace-temps ». Car il n’y a en fait que le « ici et maintenant », eternel présent. Il n’y a jamais eu autre chose et il n’y aura jamais autre chose qu’ici et maintenant. Le passé et le futur sont créés par la pensée qui pense, dans le présent, au passé ou au futur.

 Mais pourquoi méditer ? Pourquoi devrais-je revenir à l’instant présent, surtout s’il est douloureux ?

Une douleur peut apparaitre, méditer c’est l’accueillir totalement. Mais la conscience qui l’accueille n’en est jamais affectée. Et cette conscience ouverte, c’est la présence, notre profonde nature.

Pour le dire d’une autre manière, méditer c’est donc revenir à notre « vraie nature », ce que nous sommes profondément.

Mais nous ne devons pas seulement le croire ou le penser, nous devons le vérifier par l’expérience. Et c’est même la seule chose que nous pouvons vraiment vérifier… Méditer, c’est le vivre et ancrer cette compréhension en nous.

A quoi sert cette compréhension ? A mettre fin à l’ignorance sur notre vraie nature qui est la cause de toutes les souffrances, selon le Bouddha et la plupart des traditions spirituelles avec leur propre vocabulaire.

Car bien que nous sommes toujours cette présence consciente, nous avons le sentiment et la croyance que nous sommes autre chose, une entité séparée et limitée. Méditer, c’est vivre sciemment cette présence qui accueille tout ce qui vient la visiter.

Notre vraie nature étant ce que nous sommes, méditer c’est donc répondre à la question « qui-suis-je ? ». Mais cette réponse n’est pas mentale – ce qui serait peu utile – ; cette réponse est vécue. C’est une compréhension par identité. C’est en ce sens que comprendre ici, c’est être. On peut donc dire aussi que méditer, c’est « simplement être ».

Méditer, c’est donc revenir à l’instant présent mais aussi à notre vraie nature ?

Oui, nous pouvons le formuler de différentes manières suivant les approches. Quels que soient les mots utilisés, il est important de comprendre que cela pointe la même chose.

On peut tourner la méditation dans toutes les directions, en fonction d’une sensibilité ou d’une autre. Pour ceux qui ont une approche religieuse, la méditation sera alors une union avec Dieu.

L’important est d’expérimenter l’expérience, de la faire sienne. Les mots qui la définiront seront différents suivant les personnes, ce ne sera qu’une façon de parler. Mais ce ne sera toujours qu’une grossière approximation de l’expérience en elle-même qui ne peut – par définition- s’expliquer par des mots, aussi beaux soient-ils.

Notre vraie nature n’est donc pas ce que nous croyons être et la méditation sert à dévoiler cette vérité?

Oui, exactement. L’identité séparée à laquelle nous nous accrochons est une pensée (incrustée dans les différentes couches de notre corps, ce qui la rend si tenace…). Sans pensées il n’y a pas d’autre, de monde, d’objet, de moi. Il n’y a que l’expérience indivisible et unique de l’instant, sans aucune séparation ou partie. Notre vraie nature n’est pas localisée dans le corps ou dans le mental. C’est eux qui apparaissent en elle.

Méditer, c’est donc s’oublier, abandonner tout image de soi, toute idée, tout égo, et se retrouver en tant que conscience. Cette conscience n’est pas ce qu’elle perçoit, mais tout ce qu’elle perçoit est en elle. Comme l’écran de cinéma n’est pas perturbé par le film, bien que les images du film ne sont constituées que de l’écran.

Cette conscience est donc un accueil à la fois libre de son contenu, mais non séparée de lui. C’est la paix sous-jacente à toutes les manifestations. Méditer, c’est donc aussi revenir à cet espace de paix.

Cette paix est le réceptacle du présent tel qu’il est, sans filtre, sans refus, sans tentative de modification. Méditer, c’est donc aussi « être Oui » à ce qui est.

 Comment méditer concrètement au quotidien ?

Revenir à notre vraie nature est un état d’être (certains diraient un non-état) qui accueille tous nos états intérieurs. Méditer n’est donc pas dépendant d’une position particulière du corps, du mental ou d’une technique. Nous pouvons méditer dans notre quotidien dans tout ce que nous avons l’habitude de faire. C’est la méditation la plus pure et la plus juste.

Méditer ne change pas ce que nous faisons, mais comment nous le faisons. Bien entendu, comment nous le faisons va influencer ce que nous faisons, mais nous ne devons jamais vouloir changer quelque chose durant une méditation, le changement se fait naturellement car il est une conséquence.

Cependant, il est difficile, surtout au début, de nous positionner en tant que présence témoin. Nos habitudes, nos filtres physico-psychiques semblent nous en voiler l’accès.

Alors des techniques ont vu le jour. S’exercer à l’une d’entre elles peut être très utile, mais il ne faut jamais oublier que ce ne sont que des techniques qui peuvent favoriser l’état de méditation et que la vraie méditation ne dépend pas de la technique. A un moment donné, la technique peut donc aussi être contre-productive si nous nous attachons trop à elle.

 Il y a t-il des bases à connaitre pour méditer ?

Si nous voulons pratiquer une méditation de façon formelle pour nous exercer, il est utile de connaitre certains principes. La méditation formelle est un moment privilégié où nous mettons l’accent sur notre ouverture intérieure. La forme la plus répandue est la méditation assise (mais il y a aussi la méditation marchée ou couchée qui sont très intéressantes). Chaque tradition a développé ses caractéristiques, et il y a quelques bases importantes à connaitre pour éviter certaines erreurs.

Pour cela, un bon livre est utile, mais certainement pas suffisant. Il faut un regard extérieur avisé et des réponses vivantes, adaptées à nos propres questionnements. Car les pièges sont nombreux.

Nous avons notamment vite fait de faire de « notre méditation » une pratique confortable qui, au lieu de nous aider à accueillir le quotidien, nous en sépare. Notre fausse identification peut même se renforcer tranquillement à l’abri des sollicitations, dans une croyance que le calme que l’on impose est ce que l’on recherche. Nous faisons de la méditation un objet de détente, de paix. Si une pratique de relaxation peut être très utile, cela n’a rien à voir avec la méditation. Méditer, c’est être la paix qui accueille le calme comme l’agitation, le silence comme le bruit, la détente comme la douleur…

 


 

« Ne pas vouloir changer quelque chose durant une méditation », cela veut dire que je dois accepter toutes mes habitudes négatives et toutes mes actions mesquines ?

Il faut faire attention avec le mot accepter. Nous le confondons souvent avec un refus du refus. Accepter, dans le sens évoqué ici, c’est accueillir le présent. Cela ne signifie pas qu’il faille ne rien faire à partir de là. Au contraire même, quand l’évidence est vue sans filtre, l’action s’exécute naturellement et spontanément.

Nous devons donc d’abord accueillir toutes nos habitudes et nos actions. Les qualifier de « négatives et mesquines » est un jugement postérieur que nous devons aussi entièrement voir.

Une double vigilance est donc requise. Celle qui s’ouvre à nos comportements, sentiments, pensées, sensations sans les court-circuiter par des pensées de refoulements, mais aussi une vigilance qui s’exerce sur la « deuxième lame », celle qui se fait passer pour la sagesse en jugeant nos comportements « mauvais ».

Ce jugement qui se pare de l’habit de la vérité est le pire ennemi du méditant s’il ne le voit pas. Il va refouler, refuser ses conditionnements pour y imposer son « bien » car il veut être « sage ». Or il n’est qu’un conditionnement de plus, nous devons aussi le laisser se déployer dans notre attention et le voir comme tel. Il s’épuisera aussi.

Petit à petit, les schémas se déploient et se défont. Ils ne sont que de l’énergie en mouvement qui recherchent leur point d’équilibre, comme tout dans la nature, il ne faut donc pas les bloquer.

Au début, on ne les verra qu’après leur apparition, ensuite pendant, puis juste à leur prémisse avant qu’il ne rentrent en action. Cette claire vision les dissout, l’énergie retourne à sa source. Et au bout d’un moment, ils s’épuiseront si nous ne leur donnons plus d’énergie.

La mise en lumière par notre conscience de ces schémas les affaiblira naturellement car ils ne vivent que grâce à l’obscurité, à notre non-vigilance à eux. Certains partiront, d’autres resteront peut-être encore tout dépend de leur force et leur ancrage.

Quoi qu’il en soit, à un moment donné, c’est le fait qu’ils ne nous dérangent plus – car nous ne sommes plus identifiés à eux – qui est important. Ne nous dérangeant plus, car nous sommes la lumière qui les éclaire, ils n’ont plus vraiment d’impact sur nous, même si certains peuvent perdurer.

  Est-ce que cette façon de faire ne nous transforme pas en « légumes », sans plus de réactions, de point de vues, de choix ? Ne perdons nous pas toute notre humanité et nos valeurs ?

Tant que notre entité psychosomatique existe, elle ne peut qu’interagir avec son environnement. Le fait est que, la plupart du temps, nous ne faisons que réagir à partir de nos schémas et conditionnements inscrits dans le corps-mental. Nous sommes une sorte de marionnette qui répétons toujours les mêmes comportements, souvent pilotés par nos tensions et nos peurs.

Il faut d’abord nous en apercevoir. Alors, comme dit précédemment, la vision nous en extirpe. Mais seule la vision est totalement libre, le corps-mental ne l’est jamais totalement. Pourtant, petit à petit, il retrouve son amplitude originelle et non-entravée par les refus inappropriés. Sa réponse devient beaucoup plus incisive, précise, juste par rapport à la situation globale.

Nous retrouvons une « spontanéité naturelle » qui manifeste alors de manière plus profonde notre humanité.  Nous ne devenons pas donc pas des « légumes ». Au contraire, auparavant nous étions des machines sans nous en apercevoir, maintenant nous redevenons totalement humains, car pleinement conscients. Et dans cette pleine conscience, si chaque instant demande une réponse adaptée et différente, certains comportements ne pourront plus surgir.

 

 Tout cela me parait un peu théorique et loin des problèmes de mon quotidien…

La méditation est au contraire une expérience, rien ne sert de trop en parler. Mais il nous faut aussi bien voir toutes les illusions que nous superposons au réel.

Car la théorie est au contraire les concepts de moi, du monde, du temps et de l’espace que nous élaborons avec notre mental sans nous en rendre compte. Et ne les voyant pas, nous les faisons passer pour la réalité. Cela ne signifie pas qu’il faille s’en affranchir. Au contraire, ils sont d’une très grande utilité dans la vérité relative de notre vie quotidienne.

Le point important est de voir qu’ils ne sont pas « la vérité ». Car c’est cette erreur qui entraine la cause de toute souffrance et donc de la plupart des problèmes que nous nommons comme tels au quotidien. En revenant à notre vraie nature, nous ne nous coupons pas du monde relatif. Au contraire il devient plus vivant, car il reste libre. En ne l’entravant plus par nos refus, les « problèmes » deviennent des « faits » dont les réponses apparaissent souvent plus évidentes.

Mais effectivement, attention au piège dangereux de la quête spirituelle qui pense que l’absolu est au delà du relatif. La vérité relative n’est jamais séparée de la vérité absolue, sinon l’absolu ne serait pas absolu. Dans le zen, il y a cette histoire célèbre de l’apprenti moine qui demande « Maitre, qu’est-ce que le zen ? ». Et celui-ci lui répond :  « Tu as fini ta soupe ? Alors, va laver ton bol .» Le présent, tel qu’il est, est la seule réalité et notre vie quotidienne est l’unique porte qui y mène.

 Donc à quoi cela sert de méditer si, au final, c’est pour « aller laver son bol » comme tout le monde ?

Encore une fois, tout dépend de comment on le fait. La différence est entre laver son bol et être conscient qu’on lave son bol. Car « être conscient » nous positionne comme conscience, notre vraie nature, or la plupart du temps, la pensée semble nous sortir de cette position.

Le fait d’être conscient, et de le savoir, permet de nous libérer du diktat de notre égo et de libérer tout notre potentiel d’être humain. Notre corps et notre mental peuvent alors jouer pleinement leur rôle dans ce qui leur est demandé à chaque instant, sans entrave psychologique. En nous sentant de moins en mois identifiés à eux, nous subissons moins leur conditionnement, leur étroitesse, leur peur. En nous relâchant, ils retrouvent l’espace et la liberté naturels.

Dans toutes les traditions, le stade ultime est la réalisation complète de notre vraie nature. Alors, il est dit que la peur liée au sentiment de séparation et de limitation disparait et nous sommes totalement éveillés, c’est à dire libres et en paix quelles que soient les situations !

Cette complète réalisation n’est sans doute pas une mince affaire… Mais nous pouvons tous, à tout moment, en avoir un avant-goût en nous repositionnant intérieurement. C’est cela la méditation.

Car en fin de compte, l’état de méditation c’est revenir à ce que nous avons toujours cherché à travers tous nos désirs : celui d’être enfin en paix, non pas grâce à une cause forcement impermanente, mais par le simple fait d’être…

 

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